TCHAD-SÉNÉGAL-CHINE-USA : Corruption d’Idriss Deby par Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des affaires étrangères du Sénégal arrêté et mis en prison à New York.

Le scandale est énorme, depuis une semaine, Cheikh Tidiane Gadio est détenu dans une prison new yorkaise, éclaboussé par une grosse affaire de corruption. Il a été inculpé pour corruption de hauts responsables du Tchad dont Idriss Deby, et placé sous mandat de dépôt. Depuis une dizaine de jours, les médias se sont emparés de l’affaire et, malgré la gravité des faits, Cheikh Tidiane Gadio et ses avocats ont gardé le silence total et adopté un profil bas. Le gouvernement du Président Macky Sall a lui aussi gardé le silence complet sur cette affaire. Aucune réaction officielle depuis l’annonce de son arrestation pour blanchiment et corruption. Il est vrai que l’affaire Gadio tombe mal après le scandale de l’affaire Lamine Diack, Vice-Président du Comité international Olympique (CIO), arrêté et emprisonné en France, puis placé en résidence surveillée pour corruption.
A deux reprises, en moins de deux années, une affaire de corruption internationale éclabousse l’intelligentsia sénégalaise. C’est un coup dur pour l’image du Sénégal, surtout que la surprise fut totale et personne ne s’attendait à un tel camouflage délictuel de la part de ces hautes personnalités du pays. L’affaire Cheikh Tidiane Gadio met en scène une entreprise chinoise, des hauts responsables au sommet de l’Etat en ce qui concerne le Tchad. En effet, pour obtenir des droits d’exploitation du pétrole tchadien, une société chinoise a demandé à Cheikh Tidiane Gadio de corrompre Idriss Deby.
Retour sur le parcours de Cheikh Tidiane Gadio. Avant 2000, il était aux Etats-Unis et s’activait dans les milieux de la diaspora sénégalaise. Journaliste de formation, il s’est signalé à Dakar par des contributions salées contre le régime Diouf ; sans relâche, et c’est ainsi que le rapprochement avec Wade s’est opéré juste avant l’alternance politique qui a permis à Wade d’être à la tête du Sénégal. Il nomma Gadio, ministre des Affaires Etrangères. Il le restera pendant 10 ans. Ses ambitions présidentielles le pousseront à quitter Wade en créant son parti politique.

Il s’est lancé dans la course à la Présidentielle de 2012 mais ce fut une grande désillusion.

Mettant en veille ses activités politiques, il créa un Institut Paix et Stratégie chargé d’organiser des forums sur les questions de Paix, de Sécurité et de Terrorisme. Il organisa le premier forum Paix et Sécurité, puis le gouvernement sénégalais lui retira ce marché juteux en le plaçant sous l’égide du Ministère des Affaires Étrangères. Parallèlement à cet institut, Gadio a mis en place un cabinet de consultance dirigé par son fils, impliqué, lui aussi, dans cette affaire de corruption d’Idriss Deby et d’autres responsables tchadiens.

CHEIKH TIDIANE GADIO – IDRISS DEBY ONT AGI MAIN DANS LA MAIN DANS l’AFFAIRE HABRE QUI POSE LE DÉBUT DE LEURS RELATIONS COMPLICES.

En analysant l’affaire Gadio, on s’interroge sur la nature de la proximité entre Deby et Gadio qui a permis la corruption, l’étroite complicité entre ces deux hommes.

C’est pourquoi, il est important de revenir sur les circonstances qui ont vu naître leurs relations, et qui ont ainsi créé ce climat de complicité et permis le montage de toutes sortes d’affaires entre eux. Chacun a compris que l’affaire Habré a été un véritable fonds de commerce pour le régime Wade, pour son pré carré. Aussi, ceux qui étaient chargés de la gérer sur le plan diplomatique, médiatique et judiciaire se sont mobilisés, voyageant, prenant contact avec les différents acteurs impliqués dans cette affaire. Cheikh Tidiane Gadio était dans ce pré carré politique autour de Wade pour mener avec acharnement et cynisme la poursuite de la traque judiciaire contre le Président Habré, et ce, pendant plus de 10 ans.

Journaliste de profession, Gadio a, plusieurs fois, déclaré qu’il était membre du réseau HUMAN RIGHT WATCH (HRW), c’est dire qu’aujourd’hui, c’est aussi un membre de ce réseau qui tombe lourdement dans la boue.

Cheikh Tidiane Gadio s’est engagé pleinement, sur plusieurs fronts, du côté des ennemis du Président Habré pour pousser la roue du complot. Ministre des Affaires Étrangères pendant 10 ans, il a été le pivot indispensable, allant au Tchad, rencontrant Idriss Deby à maintes reprises pour cette affaire. Il était aussi l’envoyé de Wade auprès de l’Union Africaine, sans oublier, bien sûr, Kadhafi, principal bailleur de fonds de l’affaire Habré.

Le « Mandat » de l’Union Africaine porte la signature de Cheikh Tidiane Gadio. En effet, c’est dans son esprit machiavélique qu’a germé l’idée de déporter l’affaire Habré auprès de l’UA, après l’extinction des poursuites judiciaires au Sénégal. Il rédigera, dans ses bureaux, le fameux mandat et le portera au Sommet de l’UA, Sommet pendant lequel, Kadhafi se chargera de le faire adopter par simple consensus. Il se présentera à Kadhafi et lui expliqua son rôle avec la théorie du mandat pour relancer les poursuites contre le Président Habré au Sénégal, et ce, sans oublier de décliner sa disponibilité à agir dans le sens que le dirigeant libyen souhaite donner à l’affaire Habré. Salah Béchir Salah, directeur de cabinet de Kadhafi recevra des instructions pour le récompenser. Dirigeant la holding des investissements libyens, la LAFICO, Salah Béchir Salah avait la haute main sur la gestion du fonds libyen qui sert aussi à récompenser tous ceux qui aident Kadhafi dans ses manœuvres africaines.

Ces attentions du guide libyen à l’endroit de Gadio lui créeront des problèmes avec Karim Wade quand le fils de Khaddafi, Saif al Islam, informa le fils de Wade de l’argent donné à Gadio…

Ce flash back sur le parcours de Gadio est utile dans la compréhension de ce qui s’est passé avec la société chinoise. Cela permet aussi de comprendre qu’autour de l’affaire Habré, de nombreuses personnes ont été intéressées pour agir, elles ont bel et bien été corrompues pour s’activer contre le Président Habré. Incontestablement, l’affaire Habré a été aussi une affaire de vaste corruption.

Face au scandale qui a explosé à Dakar, des voix se sont élevées pour dire qu’ayant un cabinet de consultance, ce que Gadio a fait, s’appelle du lobbying tout simplement et non de la corruption, cherchant ainsi à semer la confusion.

Prenons des exemples pour expliquer la grande différence entre lobbying et corruption. Tout d’abord, il est fondamental de comprendre que la première et grande différence est d’ordre légal. Ce que disent les lois, ce que la loi punit est forcément interdit et sera donc punissable.

Dans l’affaire Gadio, le Procureur américain a cité tous les textes que Gadio a violés dans le document rendu public. C’est dire que si Gadio voulait faire du lobbying, il aurait pu développer toute une panoplie d’actions autorisées par la loi. Son action ne devrait pas intervenir en amont pour neutraliser l’appel d’offres, pour annihiler toute tierce prétention et s’assurer par le versement de sommes d’argent importantes que la société chinoise ait les droits sur l’exploitation du Pétrole tchadien. Gadio a travaillé pour empêcher une saine concurrence entre plusieurs sociétés. Ce qui est interdit par la loi. De plus, l’argent de la transaction a été envoyé par les banques américaines, de manière frauduleuse, à une fondation, ce qui prouve que Gadio était conscient d’agir dans l’illégalité la plus totale, d’où ce camouflage. Sinon, pourquoi n’a t-il pas dit que l’argent est pour Idriss Deby ? En France, par exemple, la loi autorise des dons à des partis politiques pour financer leur campagne électorale pour un montant ne dépassant pas 7.000 euros, qui sont même déclarés aux impôts. Les ennuis judiciaires de Sarkozy, par rapport au financement de sa campagne à hauteur de 50 millions d’euros le démontrent bien. Un autre exemple permet aussi de comprendre la différence entre lobbying et corruption. Dans l’affaire Habré, le budget donné par les CAE aux agences de communication était de plus 500 millions de FCFA. Il devait servir à assurer une couverture médiatique favorable aux CAE et à procéder à un lynchage médiatique contre le Président Habré. Si des actions de communication sont possibles légalement pour embellir l’image et l’action d’un homme politique ou d’un gouvernement, il en est autrement quand il est question d’une juridiction qui se doit impérativement d’organiser un procès juste et équitable. L’une des conditions du procès juste et équitable est le respect de la présomption d’innocence qui s’impose du début à la fin du procès pénal. Le respect de cette présomption d’innocence s’impose aux médias et aux journalistes lors d’une procédure pénale. Autrement dit, la loi posant, fixant et organisant la conduite des journalistes face à une procédure judiciaire, ces derniers ne peuvent en aucun cas parler de lobbying quand ils faisaient des comptes rendus scandaleux sur les audiences lors du procès. C’était de la corruption organisée malicieusement de concert avec le staff des CAE et les autorités politiques qui les ont assurés d’une impunité totale face à des poursuites judiciaires. Une violation absolue et un piétinement total de la loi.

Pour revenir à l’affaire Gadio, précisons que, pour lutter contre la corruption qui gangrène les économies des pays en développement, la Banque Mondiale a soutenu la mise en place d’une institution : l’Agence pour la régulation des marchés publics (ARMP), comme son nom l’indique, elle est chargée d’assurer une transparence à tous ceux qui sont en compétition pour les marchés publics. Elle est aussi un organe qui reçoit et se prononce sur les pratiques frauduleuses dénoncées par des entreprises lésées.

De nombreux séminaires ont été animés dans les Capitales africaines par des experts des institutions internationales pour informer et former les magistrats, les contrôleurs de gestion, les banquiers et les alerter sur la sophistication des techniques de corruption, de blanchiment de la délinquance financière. Les membres de la société civile ont été sensibilisés par Transparency International sur les nouveaux chemins du crime organisé. Soulignons que les ONG à Dakar ont mis la pédale bien douce sur l’affaire Gadio. Deux poids, deux mesures comme on dit.

Cheikh Tidiane Gadio a aussi utilisé ses talents d’homme de médias pour intervenir dans la campagne médiatique contre le Président Habré. Il accumulait les casquettes, proche de HRW qui coachait la campagne, ministre de Wade positionné dans la conduite des poursuites, auteur du mandat illégal, il était l’un des rares à pouvoir intervenir sur plusieurs fronts. Il se fera ainsi inviter à plusieurs émissions de télévision durant lesquelles, il afficha son soutien pour une condamnation du Président Habré.

C’est par l’affaire Habré, qu’il est devenu un proche de Deby. Quand il créa son Institut Paix et Stratégie et organisa une cérémonie de son lancement, seul le PM tchadien fit le déplacement et apportera une contribution financière au nom du Tchad. Aucun ministre de la sous-région ouest-africaine ne fit le déplacement. Rappelons que Gadio avait fait le déplacement auparavant au Tchad pour inviter Idriss Deby et solliciter une aide financière dans la mise en œuvre de son projet d’Institut, selon ses propres déclarations à la télévision tchadienne.

Récemment, quand Trump prit la décision de suspendre les Tchadiens de visas, il fut l’un des premiers à pondre un communiqué pour dire que le régime Deby ne méritait pas cela.

Trempant dans une affaire pourrie, baignant dans la corruption dans l’affaire Habré, complices avec Idriss Deby, l’un et l’autre unis et travaillant pour faire le mal, le Tout Puissant les a discrédités ensemble. Gadio est tombé et a entraîné dans sa disgrâce Idriss Deby déjà empêtré dans une crise politico-économico-sociale grave et en proie à un discrédit international depuis les accusations de l’administration américaine sur la présence de terroristes sur le sol tchadien. Les masques sont tombés aussi bien pour Deby hier, que pour Gadio aujourd’hui, deux hommes, deux complices, deux masques, et désormais un nouveau sale visage dévoilé au monde.

Il est important de souligner que cette affaire grave n’est pas terminée et n’a pas encore dévoilé tous ses secrets. Nous le disons par rapport aux faits énoncés par le bureau du Procureur américain qui a rendu public les bases de l’accusation. En effet, Gadio était mis sous surveillance depuis 2014. Écoutes téléphoniques, mails et SMS sous contrôle. Tout était piraté et lu par le FBI. Est-ce uniquement pour cette affaire que Gadio est tombé dans les mains de la justice américaine ? Ou bien, son cas serait-il plus grave, et que sa neutralisation a été obtenue par cette affaire mise à jour au cours de la surveillance dont il a fait l’objet ? Ou bien le FBI contrôlait tous les faits et gestes, de tous ceux qui font un sale business avec Idriss Deby ? Imaginez, si Gadio est sous surveillance rouge, qu’est-ce cela doit être pour Idriss DEBY ? Cette affaire nous réservera d’autres surprises.

Gadio a versé à Idriss Deby 2 millions de dollars, et a touché une commission de 400.000 dollars. Les échanges de mails entre lui et Deby ont été versés au dossier, autrement dit, les preuves sont là, irréfutables et en béton armé, y compris les échanges de mails entre Cheikh Tidiane Gadio et les Chinois au sujet de Deby. Gadio raconte dans ses mails que « The big man », autrement dit, Idriss Deby est d’accord sur notre deal. Et, dit-il : » je lui ai proposé qu’on se voit avec lui dans son village en plein désert (Amdjaress), loin des regards des concurrents et ennemis qui peuvent mettre à mal nos projets. Peut-être qu’on va nous dispenser de visas car ce serait plus prudent. Je lui ai proposé (à Deby) que l’argent soit officiellement remis à une fondation », précaution prise par Gadio pour les virements bancaires à partir des banques américaines. Cela, espérait-t-il, serait suffisant pour tromper le système bancaire américain.

Cheikh Tidiane Gadio a été incarcéré à la Metropolitan correctional center de New York, sous le matricule 761100-054. Cette prison fédérale est située au cœur de Manhattan, elle accueille les détenus dont les dossiers sont en cours devant le district Sud de New York, comme c’est le cas de l’ancien Chef de la diplomatie sénégalaise. Cette prison est surnommée « le Guantanamo de New York », car elle a un secteur isolement avec des mesures de sécurité draconiennes. Des prisonniers comme Abu Anas qui a organisé les attentats sanglants contre les bases américaines en Afrique s’y trouvent. Dans cette prison sont accueillis le trafiquant de drogue, le fameux EL Chapo mais aussi l’escroc Madoff.

Une caution de 1 million de dollars a été exigée pour sa liberté provisoire sous caution. Le juge américain va bientôt rendre sa décision.

Le gouvernement tchadien et la société chinoise ont, comme il fallait s’y attendre, démenti les termes de l’accusation du Procureur. Un simple démenti de façade qui peut s’assimiler à une gesticulation médiatique sans lendemain. L’affaire est sérieuse, et l’exemple de l’ancien ministre guinéen condamné à 7 années de prison pour blanchiment aux États Unis de l’argent de la corruption dans des acquisitions immobilières, inquiète au plus haut point ceux qui veulent secourir Gadio.

Un débat s’est instauré au Sénégal sur la nationalité américaine de Gadio, elle est étonnante car, dans le document d’accusation, il est expressément précisé qu’il est » résident légal » aux États Unis.

Ce qu’il faut comprendre : c’est que la violation des lois américaines sur la corruption et l’utilisation du système bancaire américain pour faire circuler les fonds de la corruption par des virements opérés en faveur des différents acteurs, a perdu un homme qui a vécu longtemps aux USA, qui a réussi grâce aussi à ses fonctions ministérielles, pendant 10 ans, à approcher la classe politique américaine, mais aussi, à contacter diverses personnalités importantes dans les couloirs des Nations Unies ; il s’est fait des relations dans les cercles de pouvoir et d’argent et a succombé à la tentation de se faire toujours plus de fric.

Hier, il a activement participé à la condamnation à la prison à vie du Président Habré en complicité parfaite avec Idriss Deby pour l’argent uniquement. Aujourd’hui, sa carrière est terminée, sa réputation est détruite, comme il a contribué à faire du mal, à ruiner la vie d’une personne qui ne lui a absolument rien fait. Et les circonstances de sa déchéance où, dans sa chute, il tire avec lui, Idriss Deby, son complice dans l’affaire Habré, et partenaire dans des affaires répugnantes, laisse songeur.

Dorénavant, la caste politique africaine sera sur la sellette quant à sa moralité et son éthique dans le monde des affaires. Les cabinets de consultance prisés par une certaine élite africaine pour développer des affaires, dans plusieurs domaines, vont subir de plein fouet les conséquences de l’affaire Gadio et seront mis sous surveillance désormais. Les beaux discours d’un Gadio sur le Panafricanisme, la Renaissance Africaine, et son blabla sur les États-Unis d’Afrique étaient un superbe écran de fumée, destiné à voiler des activités aussi illégales qu’immorales. A méditer aussi…

Comme on dit au Tchad : « la Vie est pleine de surprises, si elle ne t’a pas encore montré quelque chose, ne te considère pas comme sauvé, elle te le démontrera tôt ou tard ». Le sieur Gadio vient d’en faire l’expérience.