SENEGAL : Y a- t-il un Président ? (Par le Professeur Omar SANKHARA)

Ce qui s’est passé le dimanche dernier à Dakar dépasse en horreur tout ce que l’on peut imaginer sur l’indignité des gouvernements africains. Ce jour-là, le Sénégal a exhibé à la face du monde son visage sordide d’Etat vassalisé et esclavagisé par le monde occidental. Alors que l’opinion était transportée de joie à cause de la venue de Obama à Dakar, elle découvrit subitement que les seuls motifs de son périple au Sénégal étaient de nous imposer l’homosexualité et le procès de Habré ! Si, pour le premier point, le Président a manqué de courage en se réfugiant derrière « un Sénégal pas encore prêt », au lieu d’un « non » énergique, il aura immédiatement obéi à l’ordre relatif au jugement de notre hôte tchadien en procédant dès le lendemain à son enlèvement.
Devant une telle soumission de nos dirigeants, j’ai honte aujour¬d’hui d’être Sénégalais, car je me rends compte avec stupeur que mon pays a perdu sa souveraineté et qu’il est gouverné avec des or¬dres venant des puissances occidentales. Cinquante trois ans après les indépendances, comment un chef d’Etat ose-t-il dire que la demande de retrait des bases françaises ne procède que d’un nationalisme mal placé ? L’on se rappelle que la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton était déjà venue à Dakar dans la seule intention de déclencher le procès. Devant « les lenteurs » de la procédure, c’est cette fois-ci le Président lui-même qui se déplace pour faire punir un Africain rebelle par des Africains asservis qui courbent l’échine.
Et pourtant, chez lui, se trouve un homme qui est le responsable d’un million de morts en Irak, de centaines de milliers de cadavres en Afghanistan, de dizaines de milliers de victimes à Guantanamo ! Il y a deux ans seulement, l’ancien chef d’Etat français avait commis des centaines de milliers de crimes en Côte d’Ivoire et en Libye. Mais ni Bush, ni Sarkozy n’ont été inquiétés, car ils sont blancs alors que Habré est un nègre !
Et voilà treize ans que dure le harcèlement judiciaire d’un homme dont le seul crime est d’avoir résisté à l’impérialisme français et l’expansionnisme libyen. Depuis le 2 février 2000, le Sénégal s’acharne sur ce héros de l’Afrique sur l’ordre d’Etats voyous dont le passé colonial et néo colonial est des plus odieux. Comment peut on accorder de la crédibilité à la Belgique, ce pays raciste et sanguinaire qui a assassiné et acidifié Lumumba ? Comment prendre au sérieux la France qui nous a réduits en esclavage avant de nous coloniser ?
On sait que la France et la Libye ont subi de la part de Habré de sérieux revers dans leur tentative d’annexion de l’Etat tchadien. Réunis en Grèce dans l’île de Crète, le pays du Minotaure légendaire, Mitterrand et Khadafi s’étaient partagé le pays en réservant le nord à la Libye et le sud, où se trouvent les gisements pétrolifères, à la France. A l’époque, l’ancien premier ministre Raymond Barre avait violement condamné ce néo-colonialisme français en comparant le Tchad moitié français-moitié libyen au minotaure moitié homme-moitié taureau ! Habré leur avait infligé une cuisante défaite pour reprendre son pays. C’est précisément ce qui ne lui a jamais été pardonné. Aussi, dans les cercles de l’Union européenne comme dans ceux de l’Union africaine, la France et la Libye usèrent-elles de toutes les bassesses pour se venger en impliquant ces gouvernements dans un règlement de comptes. Voilà pourquoi la Belgique, sur instruction de la France et à cause des intérêts financiers qui la liaient à la Libye, a pris en charge cette affaire en octroyant la nationalité belge à des Tchadiens véreux afin de créer le lien indispensable à la recevabilité de leur plainte devant ses tribunaux.
Aujourd’hui, après sept décisions de justice favorables à Habré, après l’arrêt de la Cedeao intimant au Sénégal l’ordre de respecter l’autorité de la chose jugée, après les modifications de la Consti¬tution sénégalaise pour le jugement d’un homme et d’un seul qui, de surcroît, n’est pas de nationalité sénégalaise, après deux tentatives d’enlèvement, la première fois pour sa remise au Président Oba¬san-jo, la seconde fois pour son acheminement chez Idriss Deby qui l’a déjà condamné à mort par contumace, ne peut-on pas laisser Habré en paix ?
Mais non ! Le Sénégal n’a rien trouvé de mieux que de porter l’affaire devant l’Union africaine qui, étant une instance politique, n’a aucune compétence judiciaire. Voilà comment est née l’idée de ces Chambres africaines extraordinaires de nature scélérate qui constituent la plus haute trahison d’Africains envers l’Afrique !
Et puis que reproche-t-on à Habré ? Que sa police a commis des crimes sur les Tchadiens ! Mais qui était le chef de cette police ? Personne d’autre que l’actuel Président Idriss Deby, l’ancien bras droit de Habré qui, après avoir renversé son maître avec le soutien de la France et de la Libye, finance le procès en cours ! Peut-on parler d’une justice quand c’est votre ennemi qui finance votre procès à coût de milliards ? Sait-on que Deby a assassiné les partisans tchadiens de Habré, a rasé sa maison familiale et l’a condamné à mort par contumace ?
On peut ne pas être d’accord avec Abdoulaye Wade. Mais, au moins, c’est non seulement un juriste qui connaît le droit mais encore un Africain fier de sa dignité et sans complexe devant les Occidentaux. Jamais, il n’aurait accepté la création de cette monstruosité des Chambres extraordinaires qui frisent le ridicule. Jamais, il n’aurait consenti à obéir à la justice des Blancs. Sachant que ces derniers sont dans l’illégalité la plus flagrante, il comprit tout le profit qu’il pouvait en tirer en les tournant en rond pendant douze ans et en leur exigeant des financements astronomiques comme pour récupérer les richesses qu’ils avaient volées à l’Afrique !
Autre temps, autres mœurs ! Aujourd’hui, l’Etat sénégalais, soutenu par les charognards d’organisations droits-de-l’homistes, s’est mis a plat ventre devant les maîtres occidentaux qui, désormais, font et défont les marionnettes de Présidents africains. Est-on en train d’exécuter une mascarade judiciaire promise aux Blancs en échange d’un soutien électoral ? L’avenir nous édifiera car seule la vérité et éternelle.
Professeur Oumar
SANKHARE