ME IBRAHIMA DIAWARA A PROPOS DES AVOCATS COMMIS D’OFFICE POUR LE PR HABRE

« Quand un avocat se permet de défendre une personne contre sa volonté, il n’est plus un avocat »
L’ambiance risque d’être électrique, le 7 septembre prochain, lors de la reprise du procès de Hissein Habré, dans la mesure où l’ancien Président tchadien ne veut pas des avocats commis d’office pour le défendre. Hier, Me Ibrahima Diawara, un des conseils officiels de Habré, a fait la leçon à Mes Mbaye Sène, Mounir Balal, Abdou Gningue.

La reprise du procès Hissein Habré est prévue le 7 septembre prochain. Mais, la question est de savoir comment la Cour va s’organiser pour assurer un procès équitable, si l’on sait que le l’ancien Président tchadien a déjà donné le ton en refusant de reconnaître les avocats qui étaient commis d’office pour le défendre. D’ailleurs, récemment, il a catégoriquement refusé de les recevoir à la prison du Cap Manuel.

Joint, hier, par téléphone, Me Ibrahima Diawara, un des avocats officiels de l’ancien homme fort de N’Djamena, s’est voulu on ne peut plus clair : « Hissein Habré n’acceptera jamais d’être défendu par ces avocats. S’ils veulent le défendre contre sa volonté, il ne l’acceptera pas ».
Avant d’expliquer : « Le code ne dit pas comment l’accusé doit se défendre. Du coup, il peut dire : ’Je vais me défendre en prenant la parole, ou je vais me défendre en gardant le silence, ou encore je vais me défendre en refusant de participer au procès’. C’est son droit le plus absolu, et Habré a opté pour la troisième qui consiste à dire qu’il refuse de participer au procès. Les gens auraient dû accepter cette stratégie de défense ».
Mais, se désole Me Diawara, « le problème, c’est qu’il y a des gens qui veulent le juger et qui veulent qu’il se défende comme eux, ils le veulent. Et à partir de ce moment, ils ont cherché des avocats à qui ils ont dit : ’Même s’il ne vous accepte pas, défendez-le’. Et à partir de ce moment, ils ne défendent plus Habré, mais les Chambres ».

« S’ils veulent défendre Habré contre sa volonté, il ne l’acceptera pas »
Sur sa lancée, Me Ibrahima Diawara de souligner : « L’avocat est un mandataire. Donc, il parle au nom de quelqu’un qui lui a donné mandat. Maintenant, lorsqu’il y a des avocats qui disent qu’ils vont défendre quelqu’un qu’ils n’ont pas rencontré, avec qui ils n’ont pas discuté, ils vont adopter une stratégie de défense qui n’est pas celle qui leur a été dictée par leur client. Cela remet en cause la déontologie de la profession. Quand un avocat se permet de défendre une personne contre sa volonté il n’est plus un avocat ».
A l’en croire, « c’est à eux (ndlr : les avocats commis d’office pour défendre Habré) de voir ce qu’ils feront le 7 septembre », arguant qu’« on ne peut pas venir parler au nom d’une personne qui ne veut pas vous rencontrer ».
En outre, Me Diawara d’indiquer : « Ce sont les Chambres extraordinaires africaines qui ont des problèmes, car dès le début il (Hissein Habré) a dit la manière dont il entendait se défendre. Il a dit qu’il ne reconnaît pas les Chambres, ni dans leur légalité ni dans leur légitimité. Et à partir de ce moment, il a établi que sa stratégie de défense, c’était de ne pas participer à ce qu’il ne reconnaissait pas ».
« Maintenant, c’est ceux qui ne veulent pas qu’il se défende de cette manière qui ont des problèmes, et on verra ce qu’ils feront le 7 septembre », conclut le conseil de Habré.

Récemment, dans un entretien qu’il a accordé à Gfm.sn, Me François Serres, l’autre avocat de l’ancien Président tchadien, a déclaré : « Le rôle des avocats commis d’office par la Cour pour défendre le Président Habré pose un problème d’éthique et de déontologie, parce que le procureur Mbacké Fall a clairement indiqué que ces avocats ne sont plus là pour l’intérêt de l’accusé. Ils sont là que pour faire semblant qu’il y a un procès équitable. Et faire en sorte que Sidiki Kaba puisse dire à la presse que l’Afrique a organisé en Afrique, un grand procès équitable. On est devant une situation extrêmement grave ».

(Le Populaire)