CHRONIQUE "AFRIQUE DEBOUT" PUBLIÉE PAR LE JOURNAL DAKARTIMES « DEVOIR D’HOSPITALITÉ, RAISON D’ÉTAT ET DEVOIR DE RÉSISTANCE »

L’actualité sur la question des migrants vers l’Europe, a connu ces derniers jours, une évolution grave en raison de l’utilisation de la justice comme une arme pour renforcer la politique de rejet mise en place par les administrations européennes.

La Solidarité, les actions de sauvetage et de secours en faveur des migrants ont été criminalisées en Italie et en France. Des peines de prison ont été prononcées contre des hommes et des femmes qui ont eu un geste élémentaire d’humanité en haute mer, en exprimant leur solidarité et en sauvant d’une mort certaine des hommes, des femmes et des enfants.

Des démocraties, des hommes politiques, des juges ont estimé que la Solidarité est désormais un délit. Tout comme, un État, une démocratie, des juges nous ont fait comprendre que le devoir d’hospitalité, le Droit d’Asile, pouvaient être violés au nom de la Raison d’Etat. Les juges européens, véritables clones des juges des CAE, rassemblés tous au service de la Raison d’Etat, ont estimé que les hommes qui portaient secours aux migrants étaient portés par « une démarche d’action militante » jugée comme « une circonstance aggravante » !

Liberté, Hospitalité, Solidarité, Fraternité, Égalité, Justice… Que sont devenus ces principes et valeurs face à la détresse des migrants tout comme dans l’inqualifiable affaire Hussein Habré ?

Et pourtant, ces principes et valeurs sont le socle de toutes les civilisations depuis la nuit des temps. Aujourd’hui, des gouvernants d’ici et d’ailleurs, parient sur une indifférence collective qu’ils entretiennent pour violer les droits des personnes réfugiées et des migrants.

« La justice a été une arme » contre le Président Hussein Habré, nous a dit le Ministre de la justice, M. Sidiki Kaba, homme politique s’exprimant au nom du gouvernement du Sénégal.

Il a ainsi utilisé cette arme en poursuivant, interpellant, emprisonnant, « jugeant », condamnant en aveugle et en piétinant de nombreux textes et conventions internationales signés par le Sénégal. Ces hommes et femmes qui ont porté secours aux migrants, ont cherche à éveiller notre conscience collective et ont insufflé un nouveau souffle, par leur engagement au devoir de Résistance face à la Raison d’Etat de nos gouvernants en situation d’échecs.

S’engager contre l’arbitraire et enseigner à nos enfants qu’ils doivent être des citoyens à part entière, intéressés par la vie collective, et que le vivre ensemble se construit et se nourrit par un ensemble de valeurs qui l’irriguent quotidiennement et qui ont pour nom : hospitalité, liberté, égalité, fraternité, solidarité. Et, c’est toujours d’un engagement individuel pour la défense des valeurs cardinales que naît un engagement collectif dans les affaires de la cité. Ce sont ces mêmes valeurs qui ont de tout temps, forgé la capacité des peuples à vivre ensemble dans leur diversité.

Dans nos sociétés, l’école, l’éducation, les médias, le discours politique, les actes de gouvernement concourent, chaque jour, soit à renforcer, soit à fissurer et au finish détruire ces valeurs, véritables fondations de nos maisons. Nous l’avons vu avec l’emprisonnement à vie du Président Habré pour faire plaisir aux réseaux françafricains et dans la condamnation de ceux qui portent secours aux migrants, pour en fin de compte, laisser mourir des personnes réfugiées, fragilisées. L’histoire des peuples a toujours fait cas d’une résistance d’hommes et de femmes à la Raison d’Etat. Cette lutte éternelle contre l’oppression, l’injustice, la violation des principes et valeurs a donné naissance à la République, à la Démocratie. Or, de nos jours, les démocraties sont en crise, une grave crise morale, et un cynisme froid les animent. Un geste élémentaire d’humanité pour secourir en haute mer des êtres humains en danger de mort, est criminalisé. Une personne à qui asile est donné, devient une monnaie d’échange et est condamnée à finir ses jours en prison. L’un des hommes les plus engagés dans l’assistance aux migrants disait : « Mon engagement pour porter secours, en haute mer, aux migrants vise à sauver notre âme, l’âme des peuples européens ». Qui sauvera l’âme des peuples d’Afrique face à la françafrique politico-judiciaire ?

Chronique :« AFRIQUE DEBOUT ». DAKARTIMES