CHRONIQUE D’INJUSTICE, JOUR 31 : ENTRE MEMOIRE ET RECONCILIATION

Premier pavé, Premières leçons d’histoire dans le jardin des chambres sénégalaises…après plus de trente jours d’audience, que retenir……oui, le Tchad est si loin du Rwanda, mais finalement, Idriss Déby, Paul Kagame, même combat ? Comment construire, faire émerger la mémoire, l’histoire d’un peuple, à travers le tamis du procès pénal ? Quelle vérité judiciaire peut naître d’une procédure où la reconstitution, la fabrication de faux documents, de faux fichiers pour lire l’histoire d’une prétendue répression, se mêle au ciblage, à la manipulation, à la constitution d’un cortège de fausses déclarations ou de faux témoins…..

La lecture de nombreux ouvrages ou de jugements rendus en relation avec les crimes commis au Rwanda interpelle ; le phénomène de la fabrication de preuves devant les juridictions internationales n’est pas nouveau….montage d’indices, invention d’accusations de toute pièce, procédure fabriquées en territoire étranger (en l’espèce la Belgique et le Sénégal) devant des juges ignorants d’une histoire manipulée par le vainqueurs et pourtant rouages indispensables et complices d’une machination judiciaire qui nous éloigne d’un procès équitable….

Que penser à la lecture de ces articles ou jugements faisant référence à l’existence de groupes organisés fabricant de fausses accusations, de ces montages, de ces « entreprises criminelles », de ces mécanismes de fabrication de preuves, toujours agissant selon le même modus operandi, impliquant une variété d’acteurs, de ces preuves de collusion qui ne peuvent qu’affecter la valeur probante de ces témoignages….mécanismes utilisés à des fins illégitimes, instrumentalisés pour des raisons politiques, autant de signaux d’alarme qui rendent impossible la tâche de décider de la responsabilité d’un accusé….

Quelle évaluation les chambres sénégalaises sont-elles prêtes à faire de cette « collusion criminelle »….le TPIRwanda a déjà décidé en d’autres temps que l’existence d’allégations que la preuve a été fabriquée est d’intérêt non seulement pour l’accusé mais aussi pour le public, qu’elle doit recevoir la plus large diffusion possible (alors que la communication des chambres est totalement sous contrôle politique….) car elle est non seulement condamnable, mais porte atteinte à la crédibilité de la justice internationale…..or, de quels moyens disposent ces juges des CAE, alors même qu’ils n’ont fonctionné que dans le cadre officiel de commissions rogatoires sous contrôle tchadien, et sont restés complices de l’impossibilité pour la défense de mener une enquête indépendante au Tchad, voire de l’absence de tout témoin à décharge..

A qui profite ce crime…quel intérêt supérieur peut servir cette accumulation de mensonges, de fabrications de preuves…..c’est bien aux mains d’une organisation criminelle attentatoire aux intérêts de la justice que la Communauté internationale continue de livrer le sort du Président Habré, le sort de la justice, le sort de milliers de tchadiens, de sa jeunesse et de ses espoirs, de son histoire et d’une éventuelle réconciliation….Mbacke Fall l’a bien dit, « tous les témoins sont préparés à Ndjamena par le point focal tchadien », soit le pouvoir politique d’un régime, pour qui ce procès n’est qu’un écran de fumée derrière lequel il manipule une histoire passée (1982/1990) comme ses crimes actuels….les crimes réels ou imaginaires commis pendant cette période examinée par les CAE et par toutes les factions en présence, et pour certains résonant comme une réponse à ceux d’une faction rebelle, dissimulent 25 ans de crimes à grande échelle commis jusqu’en 2015….voilà le terrain sur lequel s’enfoncent ces chambres…un terrain peu fertile à la construction d’une vérité historique, une jurisprudence à venir indigne en vue de la reconstitution de l’histoire du Tchad et la construction de la mémoire de son peuple….

Macky Sall, Sidiki Kaba, Mbacke Fall, Brody et Moudeyna ne sont que les sous traitants de cette entreprise…derrière laquelle s’agitent les mains de la France, des nostalgiques de Khadafi, de Déby…voilà la mémoire blessée que génère cette justice africaine et qui demain sera, comme d’autres l’ont été récemment, dénoncée, vilipendée, battue, défaite par la rue, par sa jeunesse, qui, toute empreinte de paix et de réconciliation, de la Casamance au Sud, jusqu’à la Bande d’Aouzou, n’a que faire de ces mensonges…En s’abaissant devant la diktat politique et financier de Ndjamena, qui refusait toute collaboration avec les CAE et la remise des prétendus auteurs directs des faits poursuivis, le Président Mbacke Fall, n’a pas seulement posé la première pierre d’un procès inéquitable, ou vidé le statut des CAE de leur contenu, il a liquidé l’idée pour le moins discutable d’une justice africaine, créé de toute pièce un peloton d’exécution d’une condamnation acquise d’avance, et par là même anéanti toute velléité de réconciliation….en vertu et au nom de quel droit ??

Me François SERRES