« CHRONIQUE AFRIQUE DEBOUT » : Le Pétrole, l’Argent, le Pouvoir

Il y a, quelques jours, lors de la conférence sur le financement de l’éducation en Afrique, la France avait annoncé un bond en avant de sa contribution allant de 12 à 200 millions d’euros, ceci pour donner corps à la nouvelle politique migratoire d’Emmanuel Macron. L’idée du Président français est de fixer sur le sol africain les candidats à l’immigration vers l’hexagone. Participant à la conférence, le Président ghanéen, quant à lui, s’est fait applaudir par la salle toute entière en évoquant la nécessité pour les pays africains de ne pas dépendre de fonds étrangers pour financer l’éducation de leur jeunesse. Invité à cette conférence, le Tchad, pays pétrolier depuis 14 années, n’a pas gagné son invitation grâce à ses résultats ou efforts louables dans l’éducation, bien au contraire, il est l’exemple à ne pas suivre ; ayant engrangé plus de 1459 milliards chaque année, il est aujourd’hui, un Etat en faillite, incapable de soigner ses populations, d’assurer les salaires aux enseignants et autres agents tout comme les bourses aux étudiants. C’est le plus grand échec d’un pays pétrolier en Afrique, qui prouve que la seule disposition de ressources financières importantes n’est pas suffisante pour être synonymes de succès en matière de développement. Le Sénégal, à l’instar de plusieurs pays africains, sera bientôt un pays pétrolier et pourra trouver les fonds pour assurer le financement de son secteur éducatif dans l’avenir.

La question qui s’est posée aux pays africains a été longtemps celle de la capacité à avoir des ressources financières pour assurer leur développement. C’est donc tout naturellement que chaque pays espérait avoir des richesses dans son sous sol pour disposer d’une manne financière suffisante en vue d’impulser son développement. Pendant de très longues années, la politique de la France a été de mettre à disposition des pays africains francophones, un bureau de recherches minières (BRGM) dont la mission était de sonder, fouiller, prospecter les sous-sols à la recherche de pétrole, or ou autres richesses minières. Les résultats annoncés furent partout décevants soit, il n’y avait pas de pétrole, soit la qualité de ce pétrole était mauvaise ou encore la quantité était dérisoire. Le cas du Tchad l’illustre bien. Après les résultats négatifs du BRGM-Tchad, le Président Tombalbaye est allé chercher les sociétés américaines qui, elles, ont trouvé beaucoup de pétrole partout au Tchad. Cet exemple peut être transposé à presque tous les pays francophones ; de fausses informations étaient communiquées aux autorités étatiques par le bureau de recherches français. On relèvera que, dans le pré carré francophone, seuls le Gabon, le Congo et le Cameroun ont vu l’exploitation de leur sous sol être menée, il est vrai, sous l’égide et le contrôle de l’ancienne puissance coloniale à travers sa filiale ELF. C’est consternant depuis 1960 sur une vingtaine de pays.

Ainsi donc, la France qui s’approvisionnait à 36,4% avec le pétrole africain des 3 pays qu’étaient le Gabon, le Congo et le Cameroun voulaient constituer des réserves avec le pétrole des autres pays africains de sa zone d’influence. Une chose est sûre, l’option était de ne point sortir ce pétrole (en réserve) des sous-sols. Ainsi fonctionnait la Françafrique !

C’est dire que de nombreuses difficultés se trouvaient sur le chemin de l’exploitation pétrolière en Afrique. Les exemples du Gabon, du Cameroun et du Congo, pays producteurs depuis 57 ans sont édifiants par l’ampleur des scandales, du pillage commis par ELF, groupe pétrolier français. Quelques années avant sa mort, le Président Omar Bongo avait lancé après 40 ans de règne :"Je ne sais pas où est passé l’argent du pétrole gabonais ". Le Président congolais Pascal Lissouba avait déclaré quant à lui :"Personne au Congo ne sait combien de barils de pétrole sont tirés de nos puits par ELF !"

L’exploitation scandaleuse, voire les crimes économiques d’Elf contre les populations du Gabon, du Congo et du Cameroun notamment par le vol du pétrole reconnu à travers le système des cargaisons fantômes non comptabilisés dévoilés par M. Loïc le Floc PRIGENT, DG d’Elf, dans de nombreuses interviews télévisées ; sans compter le fait que, seule ELF déclarait le nombre de barils qu’elle voulait et déterminait aussi le prix du baril à payer et appliquait des décotes fantaisistes à cause d’une prétendue mauvaise qualité du pétrole. Il y a quelques années, ce fut la même chose au Tchad ; ignorance totale quand au nombre de barils tirés des puits et dépendance totale quant au prix du baril appliqué, différent du cours mondial.

Ainsi, des pays africains voyaient l’exploitation de leur pétrole rapporter des sommes faramineuses et dans le même temps, cette manne financière leur glissait entre les doigts par un pillage forcé qui a permis à ELF de se bâtir un empire colossal d’argent, volant le pétrole, truquant la comptabilité pour présenter des comptes déficitaires et ne pas payer des taxes et l’impôt sur les sociétés aux Africains concernés. L’empire Elf trônait sur la politique africaine de la France, ce qui faisait dire à Mitterrand :" Là où il y a du pétrole, c’est ELF qui décide de tout !"

Une autre difficulté s’est encore posée au sujet de l’exploitation pétrolière en Afrique ; il s’agit du montage des plateformes pétrolières en off-shore. Elles sont sous le contrôle d’un petit groupe de sociétés qui travaillent en étroite collaboration avec les grands groupes. C’est bien loin des pays producteurs que les plateformes sont construites, elles sont ensuite transportées jusque sur le site. Un véritable no man’s land est constitué autour d’elles, la zone bouclée, hyper sécurisée et quasi inaccessible. Le bidouillage de la plateforme n’a même pas été nié par les responsables d’Elf, au Congo par exemple. Sur la plateforme au Tchad, la bunkerisation des lieux a permis de passer de 1500 puits conclus contractuellement, à 2000 puits incognito.

Force a été de constater que la dépendance des pays africains en matière d’ingénierie dans la fabrication des installations pétrolières a permis le vol de volumes importants de pétrole. L’un des responsables Délégué d’Elf, M. Patrice Gantés le reconnaissait et expliquait qu’Ils avaient tout simplement profité de "la naïveté " des Africains.

Face à sa dépendance par rapport aux importations pétrolières, la France était préoccupée par la sécurisation de cet approvisionnement. Aussi, sa stratégie pétrolière consistait à établir des liens politiques directs avec les Etats producteurs de pétrole en court-circuitant le système énergétique mondial supposé être sous influence américaine. L’objectif étant de construire un espace vital énergétique autonome formé de la France et des pays producteurs appartenant au pré carré "ami”. C’est ainsi que ELF a pu rester un acteur central du jeu pétrolier dans les 3 pays francophones : Gabon, Congo et Cameroun qui représentaient les 2/3 de sa production totale. Elle a pu ainsi se constituer un empire immense dont les actifs, à sa disparition, ont été engloutis par Total.

Le Pétrole a bouleversé le monde, ce liquide précieux, peu cher à produire, se vend très cher. La formidable évolution technologique a permis des explorations dans des milieux difficiles. Si le colonel Drake, en 1859, est allé forer et faire jaillir le premier puits de pétrole à 21 m, aujourd’hui, au Brésil, la technologie permet de forer à 25 km sous la surface de la mer.

Le baril (159 l) à produire coûte 2 à 3 dollars en Arabie Saoudite contre 80 dollars pour le pétrole du Schitz bitumeux au Canada. Plus, il coûte moins cher à produire plus, il vous rapporte de l’argent.

L’extraction pétrolière génère une richesse extraordinaire, beaucoup d’argent. Aujourd’hui, l’argent généré par le pétrole, le montant des produits pétroliers vendus dans le monde est l’équivalent du PIB de la France, 5ème puissance mondiale. Autant d’argent signifie beaucoup de convoitises pour le posséder. Avoir autant d’argent signifie être en possession de moyens d’action et de puissance importants, cela signifie aussi avoir du pouvoir. Pouvoir des gouvernements qui possèdent ce pétrole et qui se maintiennent grâce à lui, qui opèrent aussi des prélèvements fiscaux et taxes qui représentent des sources régulières d’argent sur les prix des carburants par exemple. Signalons les prélèvements aussi des pays producteurs, membres de l’OPEP qui ont encaissé 200 milliards de dollars en 2002 ; en 2008, avec la hausse du prix du pétrole, ils ont empoché 800 milliards de dollars ! Quelle extraordinaire transfert de richesses, et, soulignons les conséquences sur la formation de l’épargne mondiale et sur l’investissement. Autant d’argent, c’est du pouvoir aussi pour les grandes sociétés pétrolières qui s’imposent même parfois à des Etats et peuvent être un Etat dans l’Etat.

L’Argent du pétrole accentue la lutte pour le pouvoir, la lutte pour le pouvoir, c’est la lutte pour l’appropriation de l’argent du pétrole ; en Irak, au Nigeria, troubles ethniques et guerre de Boko Haram, guerre du Darfour au Soudan, guerres en Côte d’Ivoire, en Libye où l’on se rappelle que le CNT avait annoncé officiellement que si la France intervenait militairement contre Kadhafi, alors Total verrait sa part du pétrole libyen passée de 2% à 35%. Autre exemple, à l’arrivée d’Idriss Deby, ELF a obtenu 20% des parts du pétrole tchadien sans débourser un Kopeck, c’était le prix payé par Deby pour son accession au pouvoir grâce au soutien de la France. Deux ans après, ELF qui ne pouvait travailler avec les sociétés américaines, vendit à prix d’or les dites parts obtenus gratuitement, à Petronas, groupe pétrolier malaisien. Ainsi roule la Françafrique !

Une chose est d’avoir des richesses minières. Une autre est d’avoir la capacité de réunir les investissements lourds, coûteux et longs pour les exploiter et les vendre. C’est dire que cet écueil n’est pas des moindres : sociétés nationales de pétrole ou sociétés étrangères. Quelle formule choisir ?

Les Etats africains producteurs de pétrole se sont ouverts aux investisseurs étrangers et n’ont pas nationalisé pour la majorité, leurs activités pétrolières, tout le contraire du Moyen Orient, du Mexique, du Venezuela, de l’Afrique du nord, de la Russie, etc. Dès lors, aujourd’hui, cet environnement incitatif est primordial pour les grandes compagnies pétrolières qui sont très intéressées par le pétrole africain, sans compter que la mise en place de régimes contractuels et fiscaux augmente encore plus l’attractivité. Récemment, les nouveaux contrats de partage de production rédigés dans des termes, en général, avantageux pour les compagnies étrangères, ont créé une grande concurrence entre les sociétés pétrolières. C’est ce genre de contrat qui a plongé le Tchad dans l’abîme financière d’une dette de 1 milliard de dollars à rembourser et qui a vu le piège pétrolier se refermer sur lui pour le couler à pic.

Pour refuser l’octroi de parts du pétrole mexicain aux grands groupes américains, le Président du Mexique avait répondu à Georges Bush qui lui rendait visite pour plaider la cause des pétroliers américains : " Selon la Constitution mexicaine, le pétrole appartient au peuple mexicain, je n’ai pas la possibilité de modifier la Constitution sur ce point pour permettre aux groupes américains de prendre des parts du pétrole mexicain." Au Venezuela, une puissante société nationale exploite le pétrole. L’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez qui voulait utiliser la manne financière ainsi constituée pour des œuvres sociales en faveur des populations les plus défavorisées, a créé un conflit important avec la puissante société de pétrole qui ne l’entendait pas ainsi .Le conflit et le bras de fer qui les opposa, a entraîné une crise importante qui provoqua un effondrement de la production pétrolière de ce pays. Cela nous permet de réaliser que les sommes faramineuses générées par le pétrole sont à même de créer des conflits politiques graves quant à leur utilisation au sein d’un même pays.

Au Gabon, une expérience intéressante a lieu, depuis l’arrivée d’Ali Bongo au pouvoir. En effet, il a opté pour la création d’une société nationale de pétrole GOC( Gabon Oil Company) dont la vocation consiste à reprendre la main sur les concessions accordées aux compagnies étrangères. Faut-il voir dans ce choix important et économiquement profitable pour son pays, la raison des difficultés du président Ali Bongo avec les autorités françaises qui ont refusé de le recevoir à Paris, soutenu Jean Ping et essayé de le déstabiliser. Le pétrole, c’est l’argent, beaucoup d’argent, c’est aussi une indépendance financière, synonyme de souveraineté et de plus de pouvoir. Voilà pourquoi le pétrole est la ressource la plus stratégique au monde et il serait illusoire de croire que les pays dominants n’agissent pas directement pour la contrôler.

Dans la gestion des revenus pétroliers, les élites africaines investissent largement le monde de la finance oubliant, comme souligné plus haut, l’ingénierie technique source d’évasion de millions de barils dans des cargaisons fantômes. Mais très vite, les responsables africains découvrent aussi leur dépendance quant à la détermination du prix du baril.

D’un côté ; les contrats signés par des experts, le nombre incalculable de circuits financiers, de charges diverses, des intermédiaires, des courtiers pour vous conseiller et vous proposer leurs services ; de l’autre, les fluctuations des prix qui ne sont pas contrôlés ni maîtrisés et parfois pas compris, le baril peut monter à 200 dollars pour redescendre à 30 dollars. Sans compter les montants astronomiques en jeu, sources de conflits, de guerres dans la distribution de cette manne d’argent au sein de l’élite politique au pouvoir.

Par rapport à la production mondiale actuelle, l’Afrique représente 9% de la production de pétrole mais son potentiel est beaucoup plus important et demeure encore largement inexploité. Au demeurant, le pétrole africain est de bonne qualité, avec une exploitation peu coûteuse, dans tous les cas, il est compétitif. En outre, c’est un pétrole très peu consommé sur place et exporté à 90%, ce qui fait du continent africain, un acteur de stature mondiale dans la production pétrolière devenue de plus en plus stratégique. La France importe 36,4 % de son pétrole d’Afrique, les États Unis 20%, la Chine 30%, l’Inde 20%. C’est dire...

En quelques années, plusieurs pays africains sont devenus des pays producteurs de pétrole : le Niger, la Mauritanie, La Guinée Équatoriale, Sao Tomé et Principe etc...Cette évolution démontre bien que les lignes ont bougé depuis l’arrivée de la Chine dans l’OMC et ses besoins immenses en pétrole.

Les pays africains dont l’exploitation était off-shore, ont vu rapidement arriver des investissements à cause de nombreux avantages de ce type d’exploitation ; par rapport aux populations locales, pas de conflits d’expropriation, la production pétrolière est ainsi à l’abri des troubles sociaux, voire des guerres civiles. Pendant les guerres au Congo, la production en quasi totalité off-shore n’a jamais été interrompue.

Toutefois des conflits, de manière générale, peuvent perturber la production pétrolière et influer sur le prix du baril.

En 1998, le baril coûtait 10 dollars, une réunion de l’OPEP a fait grimper en 1999 le baril à 22 dollars, jusqu’en 2003, le baril fluctuait entre 22-28 dollars. Le Venezuela voit une chute de sa production à cause du conflit politique entre Chavez et la Société nationale de pétrole, le Nigeria connaît des troubles ethniques et sa production baisse aussi, sans compter que les Américains lancent la guerre en Irak. Les foyers de tension se multipliant, l’OPEP ne peut plus combler les barils manquants sur le marché mondial et c’est la hausse jusqu’au prix fou d’un baril à 147 dollars en 2008. Un baril à ce prix était inacceptable pour le monde du pétrole aux Etats Unis, constitué de milliers d’acteurs qui se singularisent par leur dynamisme et leurs initiatives face à toute situation. C’est ainsi que dès que le baril a franchi la barre des 100 dollars, des millions de dollars ont été investis pour arriver à une véritable révolution technologique dans l’exploitation du pétrole de shitz. Les États Unis sont aujourd’hui devenus les premiers producteurs de pétrole assurant 70% de leur consommation par leur propre production. Un total bouleversement du marché mondial s’est produit poussant les autres pays producteurs comme l’Arabie Saoudite a tout faire pour conserver sa part de marché. Le Congrès américain a modifié la loi et autorise désormais l’exportation du pétrole et du gaz américain. À partir de 2014, le baril dégringole à 35 dollars grâce à cette offensive américaine. En 2014, à trois reprises, lors des réunions de l’OPEP, l’Arabie saoudite impose l’augmentation de sa production volontairement pour conserver sa part de marché face aux USA. L’Arabie Saoudite possède 1/4 des réserves mondiales et s’interroge : "que faire de ce pétrole, rien ne sert de garder le pétrole, il faut le sortir et le vendre même à bas prix." explique un expert saoudien.

Désormais, les producteurs américains régulent le marché, ce sont des indépendants et court-circuitent l’OPEP, l’augmentation de la production mondiale de pétrole s’est faite sans concertation avec le club de l’OPEP.

Aujourd’hui, depuis 2015, avec la chute du prix du baril, les conséquences sont inversées, ce sont les pays producteurs qui subissent les affres de la chute du prix du pétrole. La dépendance des pays riches n’est plus la même. Le Nigeria, l’Algérie, le Tchad, le Venezuela souffrent ; manifestations au Nigeria, grave crise économico-sociale au Tchad, devenu un pays en faillite financière où les bourses sont coupées, les salaires des fonctionnaires réduits, les dotations des établissements publics de santé non versées. Le piège pétrolier s’est refermé sur l’Algérie, les difficultés budgétaires sont importantes, 90 % des ressources financières de l’Algérie viennent du pétrole et du gaz. Ce pays ne peut s’en sortir qu’avec un baril de pétrole à 100 dollars estime un économiste algérien.

On constate donc que des manœuvres d’augmentation de la production peuvent totalement perturber le marché du pétrole et provoquer une catastrophe économique dans la mesure où une économie de rente s’est développée dans ces pays.

D’où la nécessité pour les pays africains de gérer avec parcimonie les revenus pétroliers pour faire face à des lendemains difficiles dans la mesure où le pétrole, c’est l’argent ; c’est aussi le pouvoir et les différents acteurs sur la scène économique internationale ont conscience qu’ils mènent une véritable guerre pour l’accès et le contrôle de cette ressource.

Non seulement une guerre est menée pour sécuriser leur approvisionnement, mais les intervenants dans le pétrole sont toujours prompts à réagir pour empêcher qu’un baril à 147 dollars qui a provoqué un extraordinaire transfert de richesses, ne s’éternise. Cela signifie que les pays africains producteurs de pétrole doivent se donner les moyens d’observer, d’analyser la géopolitique internationale autour des enjeux pétroliers. Cette géopolitique mondiale ne peut qu’être conflictuelle dans l’avenir et une guerre pour l’accès à certaines ressources est quasiment inévitable.

Aujourd’hui, 20 à 30 pays à risques politiques concentrent 80 % des réserves de pétrole et de gaz. C’est la zone qui part de l’Arabie Saoudite, Irak et Iran, centre du moyen orient, à l’Afghanistan. La Chine et l’Inde représenteront 50 % de la population mondiale en 2030, or ces deux pays n’ont pas ou ont très peu de gaz, de pétrole, d’eau et ils en ont grandement besoin. Par contre, la Russie, pas loin, à 144 millions d’habitants, elle est riche en pétrole, gaz, et eau.

La Chine, premier consommateur énergétique mondial a développé une importante stratégie de prêts, de remises de dettes, d’infrastructures contre l’accès à ses entreprises aux précieuses matières premières africaines.

La Chine s’approvisionne en pétrole et en gaz par la mer et traverse des zones de turbulences. Aussi elle cherche à sécuriser son approvisionnement et vient en Afrique pour accéder directement aux ressources minières. Consciente que le transport par mer comporte des faiblesses importantes, elle se déploie vers la Russie, l’Afghanistan, Iran, Irak pour avoir un approvisionnement par voie terrestre, plus sûre.

Au Moyen Orient, les experts estiment qu’on est entré dans une nouvelle ère pétrolière. Le vice prince héritier d’Arabie saoudite a annoncé la privatisation d’ARAMCO qui est la première société pétrolière au monde, douze fois plus importante que Exxon Mobil. Ouvrir le capital d’une telle société à des actionnaires étrangers est une véritable bombe dans le monde du pétrole. Cette action s’inscrit dans les mesures mises en place devant l’effondrement du prix du baril et dans la constatation d’une offre importante de pétrole présente sur le marché, qui est le fait des Etats Unis, de la Russie, de la Norvège, du Koweït, de l’Arabie saoudite, de l’Iran, du Venezuela, de l’Irak, de la Libye, du Nigéria etc. .

Un pétrole à bas prix, un marché inondé, faut-il s’inquiéter que des investisseurs se fassent attendre pour financer de nouvelles explorations ? C’est possible mais la dépendance physique c’est-à-dire celle du carburant dans nos véhicules et usines, est toujours là importante même si le pétrole papier échangé contre du blé, par exemple, est devenu un actif financier. Or, au constat des demandes d’arbitrage sur les marchés financiers, la demande de pétrole papier est 35 fois plus forte que la demande de pétrole physique. La guerre autour du pétrole a aussi investi les marchés financiers où, par exemple, les fonds de pensions japonais se positionnent chaque jour en disant " on met tant d’argent sur le pétrole".

Cette spéculation financière influe sur les cours et elle est un autre facteur à considérer dans la gestion de cette ressource exceptionnelle qui suscite passions, folies, guerres, démesures. Une ressource qui peut voir son prix grimper à 200 dollars pour descendre ensuite à 30 dollars. Les meilleurs experts nous avaient annoncé, il y a quelque temps, la fin du pétrole, l’assèchement des puits de pétrole, aujourd’hui, il y en a en abondance. Le pétrole a rendu fou les Chefs d’Etat occidentaux à cause de la dépendance de leur économie, et a fait une certaine puissance des pays producteurs. Tout comme aujourd’hui, la dépendance a changé de camp et ce sont les pays pétroliers qui sont en grave crise socio-économique. Tantôt soleil en conserve, tantôt excrément du diable, le pétrole est tout cela à la fois. Comment peut-il en être autrement quand il est argent et pouvoir !

Par Mme Fatimé Raymonne Habré

Cette chronique est publiée ce jour 17 février 2018 par le journal Dakartimes