CHRONIQUE AFRIQUE DEBOUT "Journalistes et hommes politiques : Que seraient-ils l’un sans l’autre ? »

Chaque jour, nous sommes inondés de toutes sortes d’informations qui nous tombent dessus par différents canaux, surtout depuis la révolution numérique. Mais, cela fait-il de nous des citoyens bien informés ? Avons-nous baissé les bras, avons-nous renoncé à exercer nos facultés critiques ? Si beaucoup de personnes sont déboussolées, nombreux sont aussi ceux qui ressentent irritation, lassitude, fureur ou enthousiasme devant cette saturation médiatique.

C’est important, car nous faisons partie de l’opinion, une opinion qui est un enjeu au cœur d’un système politique où la conquête, la gestion et la conservation du pouvoir se font ouvertement avec l’appui des médias. L’art politique se construit dans un monde piégé où les apparences sont trompeuses, où les discours agissent sur l’imaginaire, fabriquant des illusions, où la vérité est à demi dite. Le jeu politique suppose aussi qu’on sache dissimuler, utiliser la calomnie, monter des pièges, c’est un jeu complexe qui, entre mille actions entrecroisées, se dérègle parfois. On aura bien compris que l’homme politique cherche à tromper le peuple par des promesses, il cherche à truquer les choses.

Le journaliste, lui, se veut incarner une certaine conscience universelle, devrait donc mener le combat pour rétablir la vérité. Il a la mission d’informer l’opinion. Informer, c’est exposer des faits, c’est les choisir, en faire un tri, les hiérarchiser pour les mettre à disposition de l’opinion. Le style, le ton, la plume utilisés vont concourir à mettre en lumière le point de vue du journaliste qui va, ainsi, fabriquer une réalité. Ce travail intellectuel sur les faits, n’est pas toujours compris par le lecteur "consommateur moyen" comme disent les juges, qui a le droit de savoir, mais qui n’a pas toujours la capacité de distinguer l’information de la communication qui, hier, était appelée propagande. Ainsi, de nos jours, le faire savoir l’emporte sur le faire et sur le savoir.

Si le journaliste a besoin de l’homme politique pour s’informer, ce dernier a besoin du journaliste pour s’exprimer, délivrer son message et quelque part exister, sachant qu’audience vaut notoriété et notoriété pouvoir.

Ce sont deux mondes réputés indépendants mais qui vivent dans l’interdépendance, se fréquentent, se mélangent. Ils échangent aussi dans le cadre de leurs activités respectives, mais réciprocité ne signifie pas pour autant égalité et communion parfaite car tous les deux sont parfois soumis à des forces qui les tirent dans des directions opposées. Pour le journaliste, ses relations étroites avec les hommes politiques sont importantes, d’autant que la preuve de sa valeur professionnelle repose sur la qualité de ses sources.

L’homme politique a besoin du journaliste pour faire passer l’information et le journaliste a besoin d’informations pour faire son travail. Leurs rapports ont connu néanmoins une évolution. Il fut un temps où c’était un rapport d’inégalité formalisée entre le journaliste et l’homme politique. Le journaliste était à la disposition de l’homme politique, pour diffuser son message politique à l’opinion. C’est ainsi que dans cette sphère médiatico-politique, en vase clos, ils ont évolué entre collusion et mésentente. Que seraient-ils l’un sans l’autre ? Peuvent-ils vivre l’un sans l’autre ?

L’évolution de la pratique politique s’est accompagnée d’une modification des formes du journalisme. Les impératifs de la communication politique au sein du système politique a inversé les rôles et c’est désormais l’homme politique qui a davantage besoin du journaliste pour dérouler son action politique.

Toutefois, les intérêts sont toujours croisés, des antagonismes sont réels parfois et la connivence n’a pas disparu. L’exposition médiatique est devenue une addiction pour les responsables politiques.

La politique n’est plus un simple idéal, elle est devenue comme un marché où l’on expose des résultats, des messages selon les intérêts du moment et on attend qu’ils se vendent comme des petits pains. Par exemple, selon la presse, le Président Macky SALL aurait un sentiment d’insatisfaction par rapport à la visibilité des résultats du travail gouvernemental. Ces résultats n’ont pas impulsé une courbe ascendante à sa côte de popularité. Pour lui, son action politique et économique serait mal présentée à l’opinion. Ce sentiment s’est traduit par une certaine instabilité de la cellule de communication de la Présidence. Le problème est-il vraiment celui d’une communication qui n’a pas réussi à atteindre ses objectifs ?

L’ADN du Sénégal est un ADN avant tout politique, cela veut dire que les nombreuses affaires politiques ont suscité un intérêt important des citoyens, une vraie mobilisation, notamment suite à l’arrestation et l’emprisonnement des leaders politiques qui ont provoqué des véritables ondes de choc sur le plan social et politique, lesquelles ont dressé un écran de fumée sur toutes autres actions du pouvoir. D’autant plus que le pouvoir donne l’impression de ne pas réussir à tourner les pages desdites affaires. C’est ainsi qu’il a perdu le bénéfice gagné à l’entame de certaines affaires comme celle de Karim Wade.

En comparaison, Abdoulaye Wade avait utilisé l’arme des audits comme moyen de pression contre les responsables politiques socialistes bien positionnés dans certains fiefs électoraux pour les rallier à sa cause. Cela a été rapide et il a eu l’intelligence de ne pas passer par la case Justice pour éviter que son action politique ne soit mise à nue par ses interventions dans un processus judiciaire qui allait inévitablement faire des bugs et traîner en longueur. On le voit bien, aujourd’hui, avec l’affaire Khalifa Sall, député prisonnier ou prisonnier devenu député. Wade, lui, une fois la phase des audits bouclée, est passé à la phase suivante de sa gouvernance, celle de ses chantiers présidentiels.

De plus, le pouvoir de Macky SALL a utilisé la prison, comme une arme d’intimidation et de neutralisation ; mais la prison avec sa dose de souffrance, de complaintes sociales, ce n’est pas seulement le prisonnier qui est mis à mal par cette privation de liberté, c’est toute sa famille au sens large qui est atteinte. Mettre en prison des personnes pour des raisons politiques, n’a jamais permis à un pouvoir d’engranger des points positifs. Là aussi, Abdoulaye Wade l‘avait bien compris.

On constate donc des relations ambivalentes qui font que le rôle du journaliste, commentateur politique, est en quelque sorte un rôle vulgarisateur, tandis que, l’homme politique, quant à lui, veut faire à tout prix sa com.

D’où la question : le journaliste politique ne tombe-t-il pas parfois dans le piège de la com ?

A l’évidence, l’absence d’esprit critique affichée, l’ode au bénéfice de l’invité, sont le degré zéro d’une interview politique. La posture du journaliste peut être aussi très négative. Ayant le pouvoir d’informer, il peut manipuler l’information, la déformer, c’est pourquoi on parle de désinformation, d’intox. On l’a vu à maintes reprises, lorsque des responsables des ONG ont mis en place un plan de communication qui s’est décliné par un lynchage médiatique dans l’affaire Habré, aussi bien dans la phase avant procès, pour pousser au procès et travailler sans relâche à la fragilisation de la situation du Président Habré au Sénégal, qu’au moment du procès, phase où il y eut violation flagrante des règles déontologiques élémentaires par le journaliste, notamment en violant de façon systématique la présomption d’innocence. Tout comme ces responsables des ONG qui diffamaient en toute impunité. Tous bénéficiaient du feu vert politique qui a déployé largement son parasol pour les mettre à l’abri de tout recours juridictionnel contre eux.

En effet, si l’exercice du métier du journaliste repose fondamentalement sur le respect des deux principes, à savoir la vérification des faits exposés, et la pluralité des points de vue, force est de constater que nombreux sont les journalistes qui prêtent le flanc aux actions de communication des hommes politiques. Cela peut s’expliquer par rapport à la place des médias, aujourd’hui, dans nos sociétés où la consommation médiatique a pris énormément d’importance. Le journaliste, commentateur politique, est à une échelle aristocratique dans la profession. Il fait face à de nombreuses sollicitations de la part de l’homme politique.

C’est ainsi que des erreurs, des mensonges, des zéros sont ajoutés, le tout entourant la mise en scène de cette action de communication politique. L’homme politique reprend le dessus sur le journaliste et va l’entraîner avec lui quand il sera éclaboussé par le discrédit. Si l’homme politique est un sujet de réflexion pour le journaliste, on constate des différences importantes dans l’exercice de ce métier. On parle ainsi du journalisme à la française en comparaison au journalisme à l’américaine.

Si l’exercice de ce métier, aux États Unis, repose sur un amendement constitutionnel et ne souffre d’aucune contrainte, en France, en revanche, il est réglementé et son exercice encadré par des lois, de même que dans de nombreux pays africains qui se sont inspirés du modèle français. Ainsi, les Anglo-saxons reprochent aux journalistes français leur déférence de ton quand ils s’adressent aux hommes politiques, notamment le respect de certains rituels comme les vœux présidentiels, et l’absence de transgression des règles d’une sorte de code de bonne conduite.

La fréquentation réciproque et assidue entre journalistes et hommes politiques a permis de se jauger mutuellement. Le journaliste politique, s’érigeant en donneur de leçons, en analyste des faits politiques a, ainsi, peu à peu, démystifié l’homme politique, et a même conclu qu’il était à même de faire mieux, de pouvoir faire de la politique et d’y réussir. Ils sont nombreux les journalistes à être descendus dans l’arène politique, ont-ils pour autant réussi ?

Si l’on prend un exemple ancien : celui du journaliste guinéen Siradiou Diallo, du groupe Jeune Afrique, spécialisé dans les interviews politiques des Chefs d’Etat, sa reconversion en homme politique n’a pas été synonyme de succès. Aujourd’hui, il y a plusieurs journalistes qui, depuis l’arrivée au pouvoir de Macky SALL, ont franchi le cap pour entamer une carrière politique aux côtés du patron de l’APR. Cette migration est intéressante à plusieurs titres : tout d’abord, elle révèle un engouement évident pour la chose politique et un désamour pour le journalisme ou peut-être quelque chose de plus subtil, à savoir qu’être journaliste commentateur politique serait un avantage pour faire de la politique et pour conduire les affaires de l’Etat. Surtout qu’à l’observation, certains de ces journalistes étaient des journalistes déjà engagés en politique, même si ce n’était pas sous l’ étiquette d’un parti politique, mais au nom des grands principes démocratiques, de la bonne gouvernance, des règles éthiques, etc. Les journalistes souhaitent être aimés au lieu de déclencher de l’inquiétude. Leur notoriété se compare parfois à celle des politiciens car leur nom et leur image sont largement diffusés. Les hommes politiques les utilisent pour nous proposer un peu de rêves, le paradoxe est que les meilleurs journalistes éveillent de l’intérêt, leur métier est de tuer les rêves en les ramenant à la réalité. Ils peuvent faire et défaire un homme politique. Depuis que Cléopâtre a fait mettre à mort le messager qui lui apportait la nouvelle de la mort d’Antoine, les journalistes savent qu’ils courent des risquent avec des mauvaises news.

Il est étonnant de remarquer, qu’une fois, établis au sein de la classe politique, le pouvoir réutilise leur compétence de journaliste à chaque fois que de besoin dans le cadre des affaires sensibles, ou bien à des moments où le pouvoir peine à convaincre l’opinion. Comme si finalement pour l’homme politique qui reçoit et travaille avec le journaliste désormais homme politique, c’est l’homme qui portait la casquette de journaliste qui lui importe, et à qui, il fait appel pour ses compétences afin de gérer au mieux possible des événements mettant le pouvoir en difficulté ou sous tension.

Aussi, Il est surprenant de voir qu’avec autant de journalistes dans la sphère du pouvoir, ce dernier n’est pas satisfait de la communication déployée. Encore une fois, le problème est-il là ? Les journalistes qui sont, dans l’entourage du pouvoir ont bien perçu cette attente du pouvoir. Force est de constater que beaucoup d’actions de communication ont été déployés avec brio et engagement, par tous les organes institutionnels comme la RTS, le Soleil. Et, ces efforts importants dépassent de loin, tout ce qui a pu être fait sous Abdou Diouf ou sous Wade. Sans compter que la ligne éditoriale de nombreux journaux de la presse privée a été lissée. Il y a quelques années, on disait que la presse privée au Sénégal était une presse d’opposition ; aujourd’hui, on ne peut plus l’affirmer. Certes, le brouillage de la communication gouvernementale est une réalité, en particulier, la communication portant sur la personne même du Président, son image, sa place et son rôle politique dans la sensibilisation de l’opinion par rapport à ses nombreux projets. Ces deux axes n’ont pas été mis en mouvement de manière distincte de la communication gouvernementale. Autre chose, la volonté d’élargir sans cesse et par tous les moyens, le cercle de la majorité présidentielle, l’emprisonnement des leaders politiques et la neutralisation de leur capacité d’expression ont crée un vide dans l’espace politique jadis véritable arène. C’est pourquoi, faute de combattants, les troupes du Président sont en mode repos et quoi d’étonnant qu’elles se démobilisent car c’est dans l’adversité politique, en croisant le fer avec l’opposition, que les hommes et femmes se passionnent, se mobilisent pour rendre les coups qu’ils ont reçu et attirent l’attention des citoyens que nous sommes. C’est donc en menant le combat politique que les troupes s’aguerrissent. Et la « neutralisation » des lignes éditoriales de la presse privée n’a pas arrangé les choses à moyen terme. On note bel et bien un réel désenchantement dans l’opinion et c’est précisément ce qui est perçu par l’exécutif comme étant les signes d’une communication défaillante.

Cette remarque nous permet de poser la question de l’interférence des propriétaires des journaux, en général, des hommes d’affaires ayant une belle assise financière. Ils ont créé des journaux non pas pour en tirer des revenus mais plutôt pour acquérir une position d’influence. Au contact régulier du journaliste, l’homme politique apprend aussi beaucoup de lui, il se méfie du journaliste et agit parfois avec prudence. Le rôle central et incontournable des médias dans l’action politique n’est pas étranger à la mainmise des hommes d’affaires sur la presse, c’est une stratégie pour acquérir de l’influence et la monnayer auprès du pouvoir politique qui cherche à briser la capacité des journalistes à le critiquer. Il est évident qu’il faut des moyens financiers pour faire un journal. Quand la presse écrite française a traversé une grosse crise et qu’elle a été rachetée majoritairement par les gros bonnets de l’industrie de luxe en France, les journalistes ont fait signer une charte aux nouveaux acquéreurs pour sauvegarder leur ligne éditoriale. En cas d’intervention inappropriée et intempestive dans la diffusion de l’information, une dénonciation collective se ferait par un communiqué. Le même accord a été conclu quand Bolloré a racheté Canal plus. Quand il a voulu interdire la diffusion d’un reportage sur son ami Bouygues, l’opinion publique a été alertée par un communiqué, le reportage n’est pas passé sur Canal mais la chaîne Fr3 l’a diffusé pour dénoncer la censure.

Il est indéniable que lorsque des puissances d’argent font main basse sur des organes de presse, l’enjeu en question est celui d’abord, de la liberté de la presse, de la manipulation de l’information puis de celle de la liberté du journaliste dans l’exercice de son métier. On a vu sur un registre similaire que la chute du pouvoir de Ben ALI, en Tunisie, a dévoilé l’ampleur des cadeaux offerts (séjours en famille dans les hôtels luxueux, bibelots, tapis, et...) à de très nombreux journalistes français de la presse écrite, audiovisuelle, d’intellectuels qui faisaient partie de la caste politico-médiatique en France, qui étaient invités partout dans les médias, toujours les mêmes, et qui travaillaient ainsi à lisser l’image du régime Ben Ali.

Quand un journaliste devient homme politique cesse-t-il pour autant d’être journaliste ? Certains l’ont déclaré, mais ont néanmoins continué à se comporter en journalistes malgré leur nouvelle casquette d’hommes politiques.

Pour contrecarrer l’influence du journaliste, les récentes stratégies de communication déployées par les hommes politiques ont obligé les journalistes à s’adapter malgré eux.

Exemples : Nicolas Sarkozy a inondé les médias de news, de réactions quotidiennes. Ce fut un ruissellement d’infos en tous genres et en continu, venant de lui. Ce tourbillon d’infos a mis en difficulté les médias qui ne savaient plus que choisir comme info en priorité. Aujourd’hui, E. Macron a privilégié la rareté de news au profit d’une inondation d’images de Macron dans plusieurs activités, beaucoup d’images et très peu d’infos réelles et là aussi, les journalistes ont dû s’adapter à cette stratégie du nouveau Président français qui semble se méfier d’eux et veut les tenir à distance et rester maître du jeu politico-médiatique se rapportant à l’action présidentielle.

L’explosion des réseaux sociaux a vu s’installer dans la sphère des médias, des sites, des blogueurs, qui donnent leur point de vue sur de nombreux sujets et diffusent aussi beaucoup d’informations. Cette capacité à produire de l’info en formats vidéo et autres bousculent les habitudes et a engendré de nouvelles formes de journalisme. Les jeunes vont massivement sur les réseaux sociaux qui leur servent de moyens d’expression.

La communication politique a dû s’adapter à cette nouvelle donne et a parfois du mal à manœuvrer face aux vagues des tweets et réactions en chaîne sur facebook pour attaquer un homme politique par exemple.

De cette relation ambivalente entre le journaliste et l’homme politique, faite de connivences, d’altercations et qui a connu des évolutions dans le temps, on peut se demander si elle a été nuisible au journaliste ou à l’homme politique ? On relève que le journaliste, commentateur politique est séduit par la politique, elle l’attire. De plus en plus, le journaliste ne reste pas longtemps journaliste, il aspire à autre chose à moyen terme tandis que l’homme politique s’enracine dans la politique et peut en faire toute sa vie. Hubert Beuve Meury, fondateur du journal français "Le Monde" disait que le journalisme ; "c’est le contact et la distance". Aujourd’hui, il ne reste que le contact. Sous la pression de la concentration capitaliste et d’une concurrence commerciale mettant en avant le conformisme, le journalisme est devenu de plus en plus creux et les débats cherchant à démêler qui tient l’autre, de l’homme politique et du journaliste, sont devenus caducs. L’information est devenue un produit comme un autre, achetable, destiné à être vendu, profitable ou coûteux, est–il alors surprenant que les univers de l’information et de la politique aient opéré une jonction, se dévoyant dans une société de cour et d’argent. Le journalisme s’est ainsi enfermé dans une caste et a perdu son crédit.

Il appartient aujourd’hui à ceux qui font dignement leur métier, une profession noble et utile, et qui souffrent de l’image dégradée qu’en donnent certains, de rompre le silence complice et d’apporter un témoignage critique sur ce que pourrait être un journalisme plein de dignité.

Par Mme Fatimé Raymonne HABRE