« CHRONIQUE AFRIQUE DEBOUT » : Affaire Marcel Mendy : L’avocat, le Président, le ministre, le juge, le journaliste et... le Chef Religieux

19 années après le lancement de l’affaire Habré, après l’organisation d’un faux procès et une condamnation à perpétuité, l’affaire hante encore les esprits de ceux qui ont participé à la liquidation du Président Habré. On a l’impression que, malgré tout le mal, qu’ils nous ont fait, ils ont le sentiment que ce n’est toujours pas suffisant. C’est ainsi que régulièrement des actes de violences et d’agressions sont posés par l’un des maillons de cette chaîne du complot.

L’intitulé de cette chronique peut paraître singulier mais il renseigne très bien, sur le déroulement de cette grosse affaire politico-judiciaire et sur l’intervention d’acteurs qui ont joué un rôle fondamental et contribué à basculer nos vies dans un véritable cauchemar.

Marcel Mendy, dans son livre sur l’Affaire Habré nous permet, aujourd’hui d’évoquer avec précision des faits ou plutôt les actes que des personnes ont posé dans le cadre de leur fonction ou de leur profession dans l’affaire Habré.

Nous pouvons aisément parler de ces faits d’autant plus qu’ils sont aujourd’hui, estampillés du sceau « Confidences » dont M Mendy a été dépositaire, du moins, le prétend-il . Ces faits sont intervenus au début de l’affaire, à une période cruciale et déterminante pour la suite des événements. De quoi s’agit-il ?

L’avocat Me Boucounta Diallo venait d’être approché et recruté par Reed Brody de HRW, le grand manitou blanc, pour engager des poursuites contre le Président Hissein Habré. Nous sommes en janvier 2000 sous le règne du Président Abdou Diouf.

Selon ses propres confidences faites et rapportées par le journaliste Mendy Me Boucounta Diallo, avant de déposer sa plainte, va initier des démarches qu’il juge importantes. Il ira voir, en premier, le Président Abdou Diouf pour s’assurer du feu vert politique.

Puis, il rendra une visite au Ministre de la justice, M Serigne Diop, pour contrôler que les consignes présidentielles seront bien appliquées.

Et enfin, l’avocat Me Boucounta Diallo s’entretiendra avec le juge Demba Kandji, chargé de recevoir sa plainte, pour là aussi contrôler que la voie est totalement balisée pour qu’il vienne déposer sa plainte. Absolument inouï et incroyable !

Ainsi, démarrera l’affaire Hissein Habré qui a fait couler tellement d’encre et de salive.

Est –il besoin de rappeler qu’elle s’inscrivait dans un système démocratique construit sur le respect des principes, droits et procédures garantissant le fonctionnement d’un Etat de droit au service des justiciables et de la République ?

Force a été de constater que cette affaire a commencé dans des shadow cabinets, par des échanges entrent des autorités politiques, judiciaires pour sceller le sort d’un homme, désigné comme la cible par les Occidentaux représentés par leurs ONG.

Ces échanges dans le secret des cabinets présidentiel, ministériel et judiciaire ont révélé un disfonctionnement majeur de ces institutions dirigées par des hommes qui se sont mobilisés dans un Etat de Droit, pour mettre en place un circuit parallèle, un circuit Bison futé, attentatoire aux droits fondamentaux du Président Habré.. Ils continueront sur ce chemin tortueux pendant 19 ans jusqu’au crash final.

Au constat, on soulignera que chaque acteur impliqué dans la liquidation politique du Président Habré, a totalement dévié de sa mission ou n’a pas respecté les règles qui régissent et organisent sa profession.

En premier lieu, l’avocat, meneur de ce bal de concertations malsaines allant voir le Président de la République Diouf, le ministre de la justice et comme cela n’était pas suffisant, le juge d’instruction est aussi convié à s’asseoir autour de la table .

Un avocat qui se voit confier une affaire demande t-il une audience au Président de la République pour obtenir son soutien ? Se rend –il chez le ministre de la justice pour obtenir la même chose ? Peut-il discuter avec le juge chargé d’instruire la plainte pour avoir un terrain favorable à sa plainte à venir ?

Ce comportement est-il conforme à la déontologie et est-il en adéquation avec les principes généraux du droit relatif à l’organisation et l’administration de la justice où l’ensemble du système judiciaire repose sur des principes, des valeurs, des procédures ?
 Assurément, non !

Le Président de la République qui reçoit cet avocat, pour évoquer une affaire qu’il a déjà négocié à un autre niveau, sinon, il n’en aurait jamais été question, va utiliser l’avocat pour, d’une part, dissimuler la violation d’une valeur cardinale à toutes les civilisations et religions et reposant aussi, sur de nombreuses conventions internationales à savoir le Droit d’Asile.

Cette institution qu’il incarne, va aussi piétiner l’un des piliers de la Maison Sénégal : la Teranga . Cet homme politique, Chef de l’Etat va faire passer son message politique à un moment crucial pour lui, dans la mesure où il était en grande faiblesse devant des échéances électorales très difficiles. Il utilisera, avec son équipe, les poursuites judiciaires contre le Président Habré pour organiser une grande diversion médiatique espérant parvenir à détourner la mobilisation des Sénégalais d’une alternance déjà dans tous les esprits.

Ensuite, vint le tour du Ministre de la Justice. Son rôle est d’avoir le souci de préserver les normes exigeantes d’un système judiciaire, mais aussi de veiller à son intégrité. Il en a va de l’intérêt supérieur de la justice. Cette rencontre va démontrer la volonté de l’avocat d’informer le Ministre de la justice, de la position du Président de la République et de s’assurer de sa pleine et entière collaboration, selon la formule consacrée.

Cette démarche constitue une grave violation à une saine administration de la justice, mais elle est aussi une entorse aux principes fondamentaux d’égalité de traitement que toute personne est en droit de revendiquer à l’ examen de sa cause.

Enfin, la dernière personne sollicitée par l’avocat est le juge d’instruction en personne qui va recevoir incessamment le dépôt de la plainte.
Et la boucle fut bouclée.

Le docteur en Droit, M Cheikh Diakhoumpa a précisé au sujet de la procédure pénale « qu’elle se charge de définir le rôle des différents organes qui interviennent tout au long de ce processus pénal. Les règles prévues par la matière devraient illuminer la bonne marche de l’action judiciaire. Le respect de ces règles édictées par les acteurs et les différents protagonistes du procès, contribue à garantir une justice pénale de qualité. Faut-il souligner que la prise en compte des intérêts de la répression ne devraient pas se faire au détriment des intérêts de la personne poursuivie, de sa liberté et de ses droits » Fin de citation.

Faut-il en rire ou en pleurer ?
C’est bel et bien ainsi que fut scellé le sort d’un homme entre un avocat, un président, un ministre et un juge. Cette étape a marqué le début d’un engrenage politico-judiciaire, 19 ans après, on y ait encore.

Ce round up de l’avocat est la parfaite illustration que ; quand la Justice et la Politique s’unissent, ils ne peuvent qu’être un couple maudit.

Les citoyens qui observent la mise en place un tel scénario de tractations, de complot, doivent se sentir dans une totale insécurité face à des manœuvres aussi lourdes et qui ont la puissance nécessaire pour vous détruire. Une puissance d’Etat, rendez-vous compte : un Président, un ministre, un juge pour vous priver de vos droits et un avocat, un journaliste pour maquiller la réalité des faits et tromper l’opinion. Installer de faux débats, semer la confusion dans l’esprit des citoyens. Une mise à mort sophistiquée, une destitution du droit à avoir des droits.

Ainsi, des organes du processus judiciaire sont devenus des maillons d’une longue chaine pour organiser une traque judiciaire et politique. Eux, qui devaient concourir à la consolidation de l’Etat de Droit par le respect des principes et valeurs d’une société démocratique, ils se sont volontairement, par intérêt, détournés de leur mission première et ont enfanté et donné naissance à la justice politique et l’ont utilisé comme une arme de destruction pour hommes politiques.

Et, c’est dans cette forme de collaboration que dérivent et s’abâtardissent les démocraties.

Comme chacun a pu le constater, une fois, les lois balayées, les institutions neutralisées et détournées de leur véritable rôle, le show de l’affaire Hissein Habré pouvait commencer. Chacun des dits organes va se présenter à l’opinion pour construire sa "victoire" et poser les jalons d’un moment prétendument historique. Un pouvoir politique fort de sa puissance, ne s’embarrasse pas de cohérences, se sachant hors d’atteinte, il agit sans contrôle.

Et l’Affaire Habré a montré les incohérences les plus invraisemblables ; vous auriez relevé dés l’entame, le très peu d’intérêt porté, sur le fond de l’affaire quant à la réalité ou non des accusations grossières, par tous ces organes du processus pénal.

En accordant une place fondamentale aux médias, on s’assurait que le journaliste masque la réalité des faits par un discours de propagande, un discours construit, formaté dans des séminaires dont l’objectif était de tromper l’opinion mais aussi de baliser la voie pour une lourde condamnation.

M Mendy a été un des maillons de la chaine, il a, de par son implication personnelle, dépassé, depuis bien longtemps, le cadre professionnel. Il a rejoint Reed Brody et Jacqueline Moudeina dans sa haine qui persiste, s’amplifie, dans la mesure où ses nombreuses dérives restent impunies à ce jour. C’est un extrémiste.

Le titre de cette chronique fait cas aussi d’un Chef religieux dans cette affaire. Il s’agit du regretté Khalife Général des Tidjanes, Feu Serigne Mansour SY .

Après avoir neutralisé la machine judiciaire, organisé une suspension de l’Etat de droit de connivence avec le pouvoir politique, l’avocat s’est fixé un nouveau challenge : neutraliser le pouvoir d’influence du Chef religieux de la communauté Tidjane .

Accompagné du grand manitou blanc, Reed Brody, l’avocat Me Boucounta Diallo est allé à la rencontre du Chef Religieux, pour selon leur entendement, lui demander de retirer officiellement son soutien au Président Habré. Après les avoir écoutés, Serigne Mansour Sy très fâché, leur fit savoir qu’il n’avait aucune leçon à recevoir d’eux et les mit à la porte de chez lui. Et, dans la foulée, il nous fit l’honneur d’une visite puisqu’il était dans sa résidence des Almadies, pas trop loin de la nôtre et nous expliqua qu’il venait de mettre à la porte de son domicile, Reed Brody et Me Boucounta Diallo .

L’opération de neutralisation de l’illustre Guide Religieux venait de crasher et de quelle manière !

Ainsi donc, un homme, un guide spirituel et religieux a su rester digne et respectueux des principes et valeurs de sa religion : l’Islam. Il est resté fort et sûr de ses convictions et fidèle à l’âme profonde de son peuple.

Il a résisté à des hommes de loi, venus marchander le sort d’un homme qui ne leur a rien fait pour des intérêts matériels et rien d’autre . On dit d’un homme qu’il est un homme qui a du « Imane » quand il est un être de conscience, de cœur, de spiritualité. Un être qui est et qui témoigne. Témoigner, c’est dire la vérité même si elle est amère, et elle est bien amère aujourd’hui dans l’affaire HABRE.

Témoigner, c’est agir avec dignité comme notre Foi nous le commande. Sa résistance est l’exacte réalisation de cette fidélité digne, consciente que l’on est bien sur la Voie lorsque l’on lutte contre l’injustice des hommes. Telle a été Serigne Mansour Sy dans l’affaire Habré.

Leur pouvoir d’influence, leurs soutiens politiques, administratifs judiciaires et diplomatiques ne l’ont guère impressionné. Il est resté grand, immense jusqu’au bout. Il les a méprisés et chassés de chez lui, sans aucune concession.

Dans ce scandale politico-financier qu’est l’affaire Habré, seul un Chef religieux a constitué ce contre pouvoir, indispensable frein à tout abus de pouvoir, à toute injustice. Il a été un homme d’exception pendant que les hommes qui dirigeaient les institutions impliquées dans le processus pénal, se concertaient pour prendre des lois d’exception, créer un tribunal d’exception.

Les pétrodollars du procès autrement dit le pouvoir de l’argent qui a démontré sa redoutable efficacité dans l’enrôlement en continu de toutes sortes de recrues mobilisées pour pousser la roue du complot.

LUI, le Chef de la Communauté des Tidjanes a su garder son honneur, sa dignité, le respect de sa personne et sa considération. Ses positions, ses actions ne se sont jamais séparées de sa foi. Son engagement a dérangé leurs arrangements.

Sa stature morale, sa profonde spiritualité mais aussi son charisme irrésistible, ses talents de poète et de philosophe ont fait de lui un homme très populaire plein de respect et de joie et qui affichait toujours sa disponibilité pour formuler des prières, des conseils, des avis pour apaiser une société civile et politique sénégalaise turbulente. Homme de principe, il a toujours dit ses vérités parfois dérangeantes mais toujours mûrement réfléchies.

On reste sans voix devant l’audace des missi dominici espérant faire changer d’avis, le regretté Serigne Mansour Sy, de sa position de refus des poursuites judiciaires contre le Président HABRE. Ont-ils seulement compris la dimension de l’illustre homme ? Emportés par l’arrogance d’un Reed Brody devant qui, toutes les portes de nos institutions s’ouvrent, il n’est pas étonnant qu’ils en aient perdu la raison et le sens du respect.

Nous avons pensé qu’il était indispensable que la face cachée, les actes dissimulés dans cette affaire, soient connus de l’opinion, afin que, plus jamais, les discours truffés de mensonges et de manipulations, ne soient acceptés.

Tout au long de ces 19 années de traque judiciaire, au cœur de ces mêmes organes du processus pénal viendront se positionner des hommes et des femmes qui joueront chacun leur partition dans l’élimination du Président Habré. A l’exception notoire d’un Chef Religieux, profondément ancré dans sa foi, il a été celui qui a résisté aux Occidentaux, au pouvoir de l’argent, à la politique, aux marchandages honteux. Il est dans nos cœurs et fait partie de nos héros, aujourd’hui, disparus, nos monstres, eux, sont toujours là et se permettent même de le salir !

Par Mme Fatimé Raymonne Habré

Cette chronique a été publiée ce jour 25 mai 2019 par le journal Dakartimes