Arrestation d’Habré :« C’est une violation flagrante du principe de l’autorité de la chose jugée… » (ARCHIVES)

A l’image de Abdoul Mbaye qui a cautionné l’arrestation et l’emprisonnement de Hissène Habré, Abdou Latif Coulibaly doit avoir mal dans sa peau en restant muet sur l’affaire Habré. Le ministre et porte parole du gouvernement devrait dire non à l’arrestation de Habré ou démissionner si le président ne suit pas ses recommandations. Pour preuve derniereminute.sn, vous propose un texte écrit le 1er juillet 2010 par Abdou Latif Coulibaly qui défendait bec et ongle l’ancien Chef d’Etat Tchadien dans son journal la Gazette avec le titre : « Habré, un combattant pour la dignité africaine ». Et dans ce texte, il estime que « c’est une violation flagrante du principe de l’autorité de la chose jugée et de celui de la non rétroactivité des lois pénales. »

« Au président Hissène Habré, toujours prêt à défendre la dignité de l’homme africain au besoin jusqu’au sacrifice de sa personne, en hommage. »

C’est le défunt Kéba Mbaye, ancien président de la Cour suprême du Sénégal, ancien juge à la Cour internationale de justice de la Haye, ancien membre influent, pendant de longues années, du Comité international olympique (Cio) qui s’adresse en ces termes à l’ancien président tchadien, Hissène Habré.

Cette note est une dédicace écrite de la main de l’ancien juge à l’intention de l’ancien président tchadien le 13 janvier 1993. Celle-ci revêt une signification particulière dans le contexte actuel. Cette dédicace est d’autant plus significative dans le contexte de la procédure intentée contre Hissène Habré qu’elle concerne un ouvrage du juge intitulé : Les Droits de L’Homme en Afrique, publié chez A Pedone à Paris, en 1992. Il m’a semblé utile de livrer cette opinion émise sur Hissène Habré par l’ancien président Kéba Mbaye, au moment où les juges sénégalais s’apprêtent à rouvrir l’affaire Habré- en violation flagrante du principe de l’autorité de la chose jugée et de celui de la non rétroactivité des lois pénales : principes, entre autres, fondateurs de notre système judiciaire -. Il s’agit de l’opinion de celui qui, avec d’autres éminents magistrats, ont construit le système judiciaire sénégalais, devant lequel est aujourd’hui attrait Hissène Habré. Il est important de savoir pourquoi un homme aussi sérieux et respecté que l’ancien juge Kéba Mbaye a-t-il pu écrire de tels mots. De simples paroles en l’air ? Oh que non !

L’homme n’était pas un flagorneur, encore moins un plaisantin qui prendrait sur lui la responsabilité d’écrire de telles choses, si toutefois il était loin de penser ce qu’exprime avec une très grande générosité sa plume. Un combattant pour la dignité de l’homme africain, dit-il ! Beaucoup d’autres en Afrique, comme le juge Kéba Mbaye, le pensent. Nous n’avons jamais douté de nos positions qui sont celles de beaucoup de nos compatriotes qui s’opposent à l’ouverture d’un procès contre Hissène Habré au Sénégal. Il nous est cependant arrivé de nous demander pourquoi certaines personnes ont du mal à nous comprendre et à accepter l’idée que nous ne puissions pas être d’accord avec eux quand ils tentent de nous convaincre que l’ancien président tchadien n’est qu’un vulgaire criminel. Nous nous sommes souvent interrogé à ce sujet.

Un jour, alors que nous échangions avec une vieille connaissance -celle-ci a toujours eu des relations suivies avec le juge Kéba Mbaye-, nous avons ensemble discuté d’un « papier » présenté sur les antennes de Radio France Internationale (RFI) par une journaliste de la station. Parlant de l’affaire Hissène Habré et des nombreux soutiens sur lesquels ce dernier peut compter au sein de la population qui l’a accueilli depuis 1990, cette journaliste dont la rigueur professionnelle et l’intelligence tout court, sont à nos yeux plus que douteuses, en est arrivée à la conclusion péremptoire et stupide que l’ensemble de ces soutiens s’expliquait « par la générosité dont avait montre le dictateur au Sénégal, à l’égard d’un très grand nombre de personnes : journalistes, chefs religieux et coutumiers, hommes politiques ». Il nous a été révélé par notre interlocuteur que l’ancien juge Kéba Mbaye avait la même opinion que nous sur l’ancien président Hissène Habré et qu’il n’avait pas manqué de son vivant de le lui témoigner. Nous avons alors considéré que notre position sur cette affaire était non seulement pertinente, mais qu’elle était en plus juste et légitime. Nous ne cherchons pas de justificatif pour la poursuite de notre opposition au procès Habré, nous l’aurions, de toutes les manières, maintenue.
Car elle est d’abord le fruit d’une conviction établie et le résultat d’une quête permanente de sens. Cette quête de sens qui nous permet naturellement de fixer par nous-mêmes, pour que les autres ne soient pas les seuls à le faire, les repères historiques qui ont marqué sur ce continent les grands mouvements sociaux et politiques, les faits et événements importants qui constituent en Afrique notre mémoire collective.

En lisant la dédicace nous avons davantage compris que la conduite à terme de notre opposition était une nécessité pour nous-mêmes mais aussi pour de nombreuses générations à venir en Afrique. Le dossier de notre journal est une démarche explicative qui plonge ses racines dans l’histoire de ces trente dernières années du Tchad dont les contours épousent et se confondent avec ceux de l’histoire personnelle d’Hissène Habré.

Le texte s’y prend avec un souci affirmé de rigueur, en dépit du parti pris affiché, avec une énorme préoccupation pour le respect du détail significatif rendant à l’histoire toute sa noblesse et sa signification profonde. Au-delà des nombreuses personnes auxquelles il s’adresse en Afrique et ailleurs, ce dossier se présente aussi comme une adresse aux trois magistrats professionnels sénégalais qui auront la responsabilité de juger devant les assises l’ancien président de la République du Tchad.

Abou Latif COULIBALY
Source : DERNIEREMINUTE.SN