AFFAIRE HABRE : Ne nous donnez pas en spectacle

EXTRAIT d’un article paru sous la plume de M Ibrahima BAKHOUM dans le journal Sud Quotidien du 31 Aout 2012 sous le titre : « Ombres sur le Nouvel Ordre de Priorités ». Journaliste, M BAKHOUM fait partie des grandes plumes de cette profession, fin connaisseur de la scène politique sénégalaise, ses analyses sont toujours percutantes et intéressantes.
Extrait…..
Il y a 10 ans, en septembre 2002, le monde entier nous avait vu comme un pays dont « l’incurie des dirigeants et l’inconscience des nationaux » avaient donné lieu au deuxième plus grand naufrage de l’histoire de la navigation maritime.
Demain, nous n’échapperons pas à ce regard, non pas parce que le peuple aura fait preuve de sa légendaire indiscipline, mais parce que nos nouveaux dirigeants auront choisi de tourner le dos à nos priorités pour nous faire perdre du temps dans une affaire Hissène Habré qui réveillerait, le moment venu, le souvenir si douloureux des condamnés à mort de Banjul.
Ne nous donnez pas en spectacle
Habré a effectivement déjà été jugé chez lui à Ndjaména et condamné à mort par celui qui fut son lieutenant dans des crimes dont il se serait rendu coupable. Il a trouvé refuge au pays de la Téranga dont les habitants ne veulent rien perdre de leur réputation d’hospitalité. On leur ferait le tort de faire comme s’ils renonçaient à être un peuple accueillant et respectueux du droit des personnes à la vie et à une Justice équilibrée. Le caractère sacré de la chose jugée doit rester un principe intangible de gouvernance vertueuse. Aucun Etat démocratique n’extrade un condamné à mort. Hissène Habré est dans ce cas.

Rien que de le rejuger prendrait des allures de nouvelle condamnation à la peine capitale. Tout comme Tabara Samb et Djibril Bah exécutés à Banjul, l’ancien président tchadien se croyait chez lui au Sénégal. Il s’est marié chez nous, a des enfants de la même nationalité que les victimes sénégalaises de Jammeh, s’est toujours senti en sécurité ici, parce qu’on n’y exécute pas des condamnés à mort et qu’on y a respect et considération pour « l’étranger et le voyageur » (valeurs coraniques).

On s’acheminerait vers l’ouverture d’un procès réclamé à cor et à cri par ceux qui en matière de Droits de l’Homme, savent être si sélectifs dans l’exigence de poursuite contre les coupables de violation. La Belgique sait jusqu’où elle ne peut aller trop loin en regardant outre-Atlantique. Sous les Tropiques, des dirigeants sans caractère lui donnent raison de penser que tous les privilèges d’ancienne puissance coloniale lui sont dus.

Avec l’ouverture annoncée du dossier Habré, exit le Nouvel Ordre des Priorités. Seront reléguées à l’arrière-plan, nos problèmes d’inondations, de sécurité, de denrées aux prix toujours inaccessibles au commun des Sénégalais. Presque les mêmes problèmes que ceux qui plombent la côte de popularité de Hollande. Lui cherche à repositionner les entreprises françaises dans le monde. Nous cherchons à nous donner de la « respectabilité » en aidant les anciennes puissances coloniales à venir nous punir chez nous. Macky Sall semble faire l’option de pousser l’hôte de plusieurs décennies à regretter d’avoir fait le choix d’un pays réputé hospitalier. Hissène Habré espérait avoir le Sénégal, le droit de finir ses jours en paix, après avoir été condamné à mort au Tchad. Terrible désillusion.